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Sherbrooke, jeudi le 26 avril 2012
Dessine-moi un logement…
Service des communications
SANC

On connaît l’histoire du Petit Prince d’Antoine de St-Exupéry... l’extrait de « Dessine-moi un mouton », celui de la fleur et celui de sa rencontre avec le renard qui veut qu’on l’apprivoise. Aussi étrange que cela puisse paraître, un parallèle peut être fait avec l’histoire qui suit; celle de la rencontre entre un propriétaire d’immeubles à logements et un nouvel arrivant réfugié, pour qui tout est nouveau et qui devra apprivoiser peu à peu les gens et les choses sur son passage. Laissons-le-nous raconter son histoire…

Je me nomme John Jarivdeloin. J’ai immigré au Canada avec mon épouse et nos quatre enfants. Nous avons fui notre cher pays dans lequel un conflit perdure depuis plusieurs années. Je travaillais pour l’État dans mon pays d’origine et nos conditions de vie étaient plutôt enviables, mais j’ai été forcé de fuir suite à l’assassinat de plusieurs proches et sous les menaces de mort reçues par des membres du parti politique de l’opposition. Sous peine de perdre la vie dans notre propre pays, nous avons fuit rapidement pour nous rendre dans un camp de réfugiés du pays voisin. Les conditions étant très difficiles au camp et voyant que le danger que nous croyions temporaire dans notre pays perdurait même après des années, nous nous sommes retrouvés à acheminer une demande au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). Cette demande fut finalement acceptée au bout de plusieurs mois. Nous n’avons pas eu l’opportunité de pouvoir choisir dans quel pays nous irions. C’est l’UNHCR qui choisit pour nous… le Canada. Un pays d’Amérique du Nord où, dit-on, il fait très froid en hiver. En réalité, nous ne connaissions, à ce moment, que très peu de choses sur ce pays.

Peu de temps avant le départ, on nous apprend que notre ville de destination est Sherbrooke, et qu’elle est située au Québec, une province francophone du Canada. Ma femme, mes enfants et moi savons qu’il nous faudra apprendre une nouvelle langue afin de mieux s’intégrer à notre nouveau milieu et nous sommes déterminés à le faire. Même si l’inconnu nous inquiète un peu et que certes, des défis nous attendent, nous sommes soulagés enfin de pouvoir sortir de ces conditions difficiles et précaires dans lesquelles nous sommes.

Le jour du départ arrive enfin. Les adieux sont plutôt éprouvants au camp, mais nous nous consolons en nous disant que le pire est derrière nous (violences, fuite de notre pays d’origine laissant tout derrière, séparation de la famille et de tous nos amis, etc.). Nous partons donc avec des sentiments contradictoires de déchirement et d’espoir en vue d’une meilleure qualité de vie possible.

L’arrivée au Canada… notre nouvelle planète

À notre arrivée, tout paraît irréel : on se croirait sur une nouvelle planète… c’est si différent de chez nous : les nouveaux paysages, les grandes routes, les belles voitures, les maisons pareilles aux films américains, la « richesse » du pays… Je m’imagine déjà avec ma famille habitant l’une de ces jolies maisons!

À Sherbrooke, nous sommes accueillis par le Service d’aide aux Néo-Canadiens (SANC). Nous ne connaissons personne dans cette ville. Nous sommes hébergés quelques nuits, le temps de trouver un appartement bien à nous. On nous explique le déroulement des prochains jours. Nous sommes épuisés en raison du long voyage et du décalage horaire. Mon épouse a des migraines intenses et deux des enfants se plaignent de maux de ventre.

C’est au jour 3, entre deux journées de rendez-vous et la tête débordante d’informations, que nous partons visiter quelques appartements présélectionnés par le SANC. Difficile de faire un choix sans connaître ni les voisins, ni le quartier, mais nous choisissons celui qui semble être le mieux et signons le contrat le jour même. Tout se fait si rapidement! Heureusement, le propriétaire nous inspire confiance.

Monsieur Gévinblok, de qui j’ai fait la connaissance ce jour là représente pour ma famille et moi, un homme d’une grande dignité. Nous nous connaissons depuis maintenant trois ans et avec le temps, il m’a beaucoup raconté de détails que je me permets aujourd’hui de partager.

Alors, cet homme est un Québécois qui se dit « de souche », propriétaire d’une vingtaine d’immeubles depuis plus d’une quinzaine d’années. Il est père de deux jeunes, dont il a la garde partagée et il travaille aussi à son compte en comptabilité. M. Gévinblok est un de ces propriétaires bien sympathiques qui entretient bien ses logements. Comme la plupart des propriétaires, il est touché par le taux d’inoccupation qui s’est vu augmenter au cours des dernières années, mais d’après ce qu’il dit, plusieurs locataires lui sont fidèles et habitent dans ses immeubles depuis plusieurs années y étant bien installés. Ce propriétaire n’est pas raciste, mais n’a simplement jamais vraiment eu l’occasion de louer ses appartements à des gens d’autres communautés culturelles, mis à part, deux couples; l’un français vivant au Québec depuis cinq ans et l’autre mixte : une Québécoise mariée à un Marocain. Avec ces locataires, tout se déroule à merveille, mais il ne recherche pas spécialement à diversifier d’avantage la provenance de ses locataires.

 Dessine-moi un logement …

Tout débute un matin de février. Suite à la parution d’une annonce dans le journal local de Sherbrooke, Monsieur Gévinblok reçoit un appel d’un membre de l’équipe du SANC qui souhaite avoir plus d’information en lien avec un 5½ à louer pour une famille de réfugiés. Surpris, M. Gévinblok pose des questions sur la famille et la situation. Il est un peu hésitant à ce que six personnes viennent habiter un 5½, mais fixe tout de même un rendez-vous pour le surlendemain.

Ma femme et moi arrivons au rendez-vous accompagnés d’un bénévole du SANC. La visite se passe bien. L’appartement nous plaît bien et nous semblons faire bonne impression sur le propriétaire, que nous ne connaissons pas encore. Malgré cela, plusieurs questions demeurent sans réponse pour M. Gévinblok. Une certaine incertitude plane, sans qu’elle soit de mauvaise volonté. Quelques heures plus tard, l’intervenant du SANC attitré à la famille rappelle M. Gévinblok pour lui dire que nous avons choisi son logement et que nous souhaitons signer le bail l’après-midi même. C’est alors que plusieurs questionnements arrivent en rafale dans la tête du propriétaire.


- Qu’est-ce qui me garantit qu’ils payeront le loyer à chaque mois?
- Vont-ils arriver avec leurs valises pleines de coquerelles?
- Ils ne connaissent pas nos lois, est-ce que ça causera problème?

Il pose plusieurs questions à l’intervenant du SANC. Étant donné l’inexistence d’un historique de crédit à notre nom, M. Gévinblok demande si le SANC peut devenir endosseur. Cette dernière option n’est pas envisageable, cependant, il termine sa conversation bien rassuré par l’intervenant du SANC. La très grande majorité des réfugiés qui arrivent à Sherbrooke sont de très bons payeurs. Ils sont bien sensibilisés au fait que le paiement du loyer est une priorité et que des omissions de paiements pourraient les entraîner dans de grandes difficultés par la suite.

Quelque temps après l’installation dans le logement, les nouveaux arrivants réfugiés, tout comme notre famille, recevront aussi la visite de bénévoles qui les informeront sur certaines particularités de la société d’accueil. Puis un membre du personnel du SANC les rencontrera et veillera à ce que l’adaptation à leur nouvelle demeure se passe bien. Le guide du locataire élaboré par le SANC avec le soutien de la Ville de Sherbrooke leur sera aussi remis et les sensibilisera à certains aspects portant sur les droits et devoirs du locataire ainsi que certaines mesures à favoriser en lien avec l’entretien du logement. Le SANC offre aussi à M. Gévinblok de recevoir une copie du guide du propriétaire afin de mieux l’informer sur la réalité des immigrants.

Il est clair que lors de la signature du bail, il est préférable de donner toute l’information essentielle aux futurs locataires afin d’éviter les surprises. Oui, les familles de nouveaux arrivants ont la tête remplie - voir saturée - d’information pendant les premiers jours, mais ils enregistreront du moins une partie des discussions.

« S’il-te-plait… apprivoise-moi! »

Bonne nouvelle! Monsieur Gévinblok accepta finalement de signer le bail avec nous! Peu à peu, la confiance s’installa entre nous. Nous avons appris à nous apprivoiser mutuellement. Il faut dire que notre propriétaire a été la première personne québécoise, autre que les gens du SANC que nous avons connu et il a toujours su garder son sourire et a fait preuve de patience à notre égard alors que nous ne parlions pas très bien le français et que nous avions certaines différences culturelles. Sans qu’il s’en rende compte, notre propriétaire nous a beaucoup aidé à comprendre notre nouvelle société.

Nous ignorions tous les questionnements que notre arrivée avait occasionné jusqu’à il y a quelques semaines, alors que nous l’avions invité à prendre le thé à la maison, le jour de la collecte du loyer. Au nom de toute ma famille, je l’ai remercié de bien avoir voulu accepter de nous prendre comme locataires, car nous sommes bien heureux de lui, de ses services et de notre demeure. Il a affirmé être aussi enchanté que nous d’avoir fait notre connaissance!


L’histoire de M. Jarivdeloin et de M. Gévinblok n’est pas isolée des autres histoires d’immigrants réfugiés arrivés à Sherbrooke ou ailleurs. Bien que chaque histoire soit UNIQUE et que celles vécues par des immigrants indépendants soient bien différentes à celle-ci, plusieurs réfugiés vivent des histoires comparables à celle-ci. Le logement représente bien plus qu’un simple toit pour un bon nombre de familles de nouveaux arrivants et les contacts positifs entre locataires/propriétaires sont très significatifs pour une grande majorité, malgré la communication parfois plus difficile au cours des premiers mois.

L’histoire rappelle celle du Petit Prince et du renard qui veut se faire apprivoiser : « (…) si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. » Certes, le propriétaire a besoin du locataire et vice-versa, mais si on le souhaite, cette relation peut aller au-delà du côté pratique de la chose et peut s’étendre de façon beaucoup plus large. Un bon nombre d’histoires très positives est ressorti de rencontres entre propriétaires et locataires ou entre concierges et locataires… à vous de créer la vôtre!


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